Montoie, le mardi 14 juillet 2026

Cher Raymond,

Il y a juste 3 semaines, lors de notre balade dans les environs de Montbovon, toi et moi étions loin de nous douter que ce serait la dernière, non pas valse, mais marche.

La marche c’était ta passion. Tous les jours, dès potron-minet, tu lui faisais honneur. Entré au club montagnard Le Chamossaire en 1999 tu as ainsi pu profiter des nombreuses courses organisées en son sein tout au long de l’année. C’est d’ailleurs là que nous nous sommes rencontrés. Tout de suite le courant a bien passé entre nous deux, on devait être sur la même longueur d’onde.

Ta personnalité, de prime abord discrète, se révéla par touches successives au fil du temps dans les nombreux personnages que tu incarnais, comme :

  • L’aventurier, genre Indiana Jones, avec ton chapeau, prêt à dégainer non pas le fouet, mais l’appareil photo, dès qu’un papillon voletait dans les parages.
  • Le Chamossairois, marchant d’un pas régulier, sans rechigner, pour autant qu’on boive un café au début de la randonnée et que le temps nécessaire te soit accordé pour un petit clopet après l’apéro et le pique-nique tiré des sacs. Prêt aussi à relever le défi d’écrire le rapport en alexandrins si on te le demandait
  • Le fan de bandes-dessinées, en symbiose parfois avec ses personnages, tel Gaston Lagaffe, comme une chute mémorable sur une à trottinette en descendant vers la Tzouma, ou la démonstration, lors d’une balade dans le Jura, d’un appareil étrange, au mode d’emploi fort compliqué, donnant après une bonne heure d’efforts, un minuscule ristretto
  • L’acteur de théâtre, foulant les planches de la maison de commune de Cheseaux, avec la compagnie des Deux-Masques. Les rôles de majordome t’allaient à ravir, avec ton je ne sais quoi de british dans le maintien et que tu disais : Madame est servie !
  • Le mime, plus genre Dimitri que Marceau, qui nous faisait bien rire petits et grands
  • Le conteur, tenant tranquilles les enfants, captivés par la narration des aventures d’Isengrin le Loup et de Goupil le Renard. Parfois, tard le soir, tu pimentais tes contes de récits un peu plus coquins
  • Le festivalier, où depuis de nombreuses années tu te rendais avec Sylviane en Avignon, non pas pour danser sur le pont mais participer en spectateurs assidus aux différentes créations théâtrales.
  • Finalement l’épicurien, savourant comme il se doit un bon vin et ne refusant pas de partager un repas quel qu’il soit.

    Bon il y aurait encore tant de choses à dire à ton sujet. Ah oui, tu étais architecte, le premier des Arts, pas étonnant que tu aies choisi cette profession vu tes multiples intérêts cités plus haut. Même si parfois tu pestais contre les nouveaux règlements ou directives pondus par une armée de fonctionnaires payés par nos soins.

    Raymond tu fus une présence, nullement envahissante, mais appréciée, précieuse. Maintenant reste le souvenir, il est lumineux !

    Lors de ta dernière balade nous sommes passés par Lessoc car tu ne connaissais pas sa célèbre fontaine surmontée d’un toit. Dans la fontaine, selon la légende, brillait le reflet de la lune. Et ce reflet c’était toi. Soudain des nuages ont obscurci le ciel et t’ont fait disparaître.

    Adieu l’artiste, adieu Raymond !

    Jean-Luc Matthey

    14 juillet 2026

    MERCI Jean-Luc pour ce très touchant hommage. Merci aussi à Sylviane qui a permis de le publier sur le site, afin que nous puissions tous en bénéficier.